Première rencontre au Portugal ( 19 au 23 février 2017)


  Du 20 au 22 février a eu lieu la première réunion transnationale. A cet effet un petit clip a été réalisé:

portugal from mira hamrit on Vimeo.

Ainsi qu'un article de Julien Morvan:

Le français n’est pas méchant. Mais que voulez-vous, il est comme l’homme provençal et le soleil du midi, il amplifie tout ; il fait mentir, avec des accents chantants, ce que ses parents ont modestement édifiés avant lui : il pose du marbre étincelant sur les murs de chaux des masures ancestrales, il vous demande ce que serait devenue Rome sans la gaillardise des gaulois ; il fait d’un chemin de terre oublié des temps la plus belle avenue du monde si vous voulez l’entendre ! Le français est un Icare avec Evariste chantant que « le premier, le seul, le vrai paradis, c’est Paris », et Daudet de le soutenir du haut de sa plume d’oc dessinant, avec les ires de la mule du pape, que « celui qui n’a pas vu Avignon du temps de sa splendeur n’a rien vu ». Ah, vaï ! Il faut bien que ça soit un espagnol qui lui ouvre parfois la voie de la raison. Que voulez-vous répondre à Cervantès quand il s’extasiait, Don Quichotte errant de la péninsule ibérique, qu’il se croyait enfin au paradis en arrivant à … Lisbonne ! Coquin de sort, si Paris vaut bien une messe, Lisboa mérite bien un voyage Erasmus !

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La place du commerce, face au Tage, coeur du centre historique de Lisbonne.


1. LISBOA ET L’AME DES DESCROBRIMENTOS (18-19 FEVRIER).


Qu’on cesse de vanter les vastes entreprises,
Les navigations des Grecs et des Troyens ;
Qu’on cesse de parler des nations qu’ont soumises,
Alexandre et Trajan, ces demi-dieux païens ;
Je chante les enfants de la Lusitanie,
Qui de Neptune et Mars se firent obéir,
Que des vieux temps la Muse entende et s’humilie,
Devant de plus hauts faits, tout éclat doit pâlir.
Luis de Camoes, Os Lusiadas


Avant de rencontrer nos congénères européens, probablement déjà dans les airs vers notre même destination première, nous décidâmes d’accorder quelques heures à la découverte de notre capitale d’accueil, métropole phare et séculaire du Portugal, la sémillante et joyeuse Lisbonne qui devait, deux jours durant, nous porter par ses vents marins s’engouffrant sans cesse dans ses ruelles étroites. Ce qui marque le visiteur, peu habitué, ce sont les odeurs, explosions sensibles permanentes, changeantes à chaque pas : épices lointaines et chatoyantes masquées par d’irréelles créations chargées de décorer un air pur, trop aseptisé ; encens de toutes les fleurs que la Terre semble porter ; cafés et thés que l’on croirait débarqués des antiques navires explorateurs de toutes les mers. Et vous voilà déjà sur une grande place dédiée au plus célèbre des aèdes lusitaniens, Luis de Camoes, héros national et chantre des grandes découvertes, autour duquel tournent désormais les touristes à la recherche d’un déplacement dépaysant et résonnent les musiques les plus variées. La nuit venue, l’animation se transforme en une incroyable cour des miracles où turbinent clopins, visiteurs et lisboètes, happés par les rythmes bien éloignés de nos fêtes parisiennes, presque bourgeoises au regard de ce petit peuple qui chante, danse et crie sa joie de vivre à qui veut l’entendre, sans rien vouloir d’autre que votre sourire. La ville où les musiciens de rue ne vous demandent pas d’argent mais si vous avez apprécié leur musique.

Que voulez-vous suivre ce vent qui déjà s’aventure à nous perdre dans les avenues rectilignes des quartiers de Bexia, jadis détruits par un tremblement de terre et reconstruits ainsi que furent bâties toutes les villes coloniales de l’empire au XVIIIe siècle. Du haut de ces immeubles et hôtels particuliers, trois siècles d’or et d’étoffes lointaines nous contemplent. La fortune des colonies mais on ne trouve pas, comme à Nantes ou Bordeaux, d’allusions à l’Asie ou aux côtes africaines où s’établissaient les comptoirs portugais d’autrefois. On continue de chanter dans toutes les avenues, principalement des étudiants heureux de gagner quelques monnaies pour leurs projets scolaires.

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Le célèbre Tram 28E


Le touriste, quel qu’il soit, ne peut s’empêcher de prendre l’un des tramways de la capitale. Le 28Electrico, ancestral souvenir de l’entre-deux-guerres, brinquebalant sur des rails usés, jaune comme le soleil qui semble le suivre dans son périple remuant, aéré par des fenêtres qui ne se ferment plus, est l’attraction première de chaque explorateur de la ville. Il vous emmène vers la colline de l’Alfada, vieux quartier où le temps semble parfois suspendu entre ses habitants enjoués, ses bars de fado, ses incomparables vues sur le Tage et ses monuments séculaires. Serrés comme la masse des touristes qui pullulent désormais à Lisbonne, nous passons devant le monastère Sao Vincente da Fora, où deux imposantes flèches blanches gardent pour l’éternité les dépouilles des Rois du Portugal ; comble du souvenir, deux rues derrières se trouve le Panthéon national, temple républicain à la gloire de ses illustres enfants, dont la célèbre chanteuse Amalia Rodrigues ou l’idole Eusébio, la « panthère noire » du football. Quelques belvédères offrent au visiteur de passage des vues sur la ville, ses environs et, au loin, un Christ rédempteur (Cristo Rei) rappelant son égal du Brésil sur le Corcovado veille sur le gigantesque pont du 25 avril.


Le dimanche au matin, nous nous engageâmes vers l’âme authentique de ce qui fit de Lisbonne, il y a cinq siècles, une des capitales les plus importantes de l’Europe occidentale : les quais du quartier de Belém, d’où s’élancèrent, à la découverte du monde, les navires des grands explorateurs. Rappelons-nous, pour la mémoire, des propres récents de l’éminent Serge Gruzinski, spécialiste de l’histoire globale et des « quatre parties du monde » :
« Le XVIe siècle européen fut incontestablement le siècle ibérique, n’en déplaise à nos historiens français. […] La présence portugaise sur les côtes d’Afrique, puis dans l’Océan indien et l’extrême Asie ont mis en place une première mondialisation à l’époque où l’Histoire du Royaume de France se jouait entre les châteaux de la Loire et Paris. »
Face au Tage, rappelant les aventures extraordinaires de premiers aventuriers de la mer, un immense monument de pierre (Padrao dos Descobrimentos) se dresse, en forme de caravelle inversée, avec à sa tête une file de statues personnifiant les visages réinventés de Henri le Navigateur, infant mécène des grandes découvertes, suivi de sa troupe lyrique, comme des fantômes des siècles passés : Magellan, Bartolomeu de Dias, le Roi Alphonse V du Portugal, Luis de Camoes, Cabral ainsi que Vasco de Gama, véritable gloire éternelle de la péninsule, héros national auquel il est encore difficile de vouloir égratigner la légende dorée, en témoignent les tribulations de l’historien indien Sanjay Subrahmanyam à la fin des années 1990.

A quelques centaines de mètres de là, l’antique tour de Belém (XVIe siècle) reste inchangée à la visite des curieux, patients admirateurs du style surchargé du roi Manuel Ier (style manuélin), miraculeuse survivante du tremblement de terre fatal déjà évoqué. Mêlant les influences maures, gothiques, renaissance et quelques folies animales, la tour est classée au Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1983, tout comme le monastère des Hiéronymites, à quelques pas de là, autre grand symbole de la richesse passée du pays.

On y entre par le cloitre et on se prend à rêver devant le calme qui entoure ces colonnades manuélines, parsemées des rayons du soleil transfigurant presque quelques tombeaux d’hommes célèbres, comme le poète maudit Fernando Pessoa. L’église, immense, reste le moment le plus impressionnant de la visite. Vue depuis une chapelle haute, un christ martyr domine une longue nef portant les piliers et les voûtes virtuoses d’entremêlements architecturaux. Nécropole royale, elle abrite aussi quelques tombeaux de rois oubliés et, dressés à droit et à gauche de l’entrée principale, les deux tombeaux de Luis de Camoes et Vasco de Gama, hérauts littéraires et géographiques du Portugal. Tournent vers eux des dizaines de touristes impressionnés devant les ors des sépultures de deux hommes qui, il y a cinq cent ans encore, n’auraient probablement pas imaginés eux-mêmes cette incroyable destinée à changer pour toujours le regard occidental sur le monde :
« Cette expédition passe pour un mystère aux yeux de certains. […] Pourquoi un homme inconnu fut-il choisi pour accomplir une tâche aussi importante ? »
S. Subrahmanyam, Vasco de Gama, 1997



2. RENCONTRES (20 FEVRIER).

Groupe
Le collège d’accueil se trouve à quelques 40 minutes de Lisbonne, au bout de la péninsule de Setubal, à Barreiro. La première partie de la matinée fut consacrée à une chaleureuse visite de l’établissement, des salles de classe au CDI jusqu’aux bureaux de l’administration, transformés l’espace d’un instant en studio de photographie, la principale du collège devenue égérie des appareils photos des représentants ERASMUS du Royaume-Uni, de Lituanie, de Turquie, d’Italie et de La Réunion. On se plaît à rêver avec nostalgie d’une salle des professeurs profonde, confortable et dotée – luxe absolu – d’une cafétéria privée, d’un large choix de friandises, repas et boissons, gérée en permanence par une hôtesse aux petits soins.
Entrée principale du collège
Pour nous, privilégiés, un brunch copieux, composé de pastéis de nata (succulente spécialité portugaise, de fruits frais et d’élégants sandwichs, nous fut proposé dans un moment de rencontre, de détente et d’échanges. Le collège offrit également un sac de cadeaux pour chaque représentant de pays. La suite de la journée s’organisa, plus studieusement, dans une salle de réunion autour des thématiques suivantes :
- Présentation des collèges et villes pour chaque pays membre de l’échange
- Présentation de quelques activités menées jusqu’à présent dans le cadre de l’échange
- Discussion autour de la diffusion du projet (blog, affiches, facebook …)
- Diffusion du projet sur internet (Facebook pour UK, blog pour Turquie)
- Comment utiliser e-twinning (twinspace)
- Organisation des prochains séjours et dates en Sicile et Lituanie

3. LA « SALLE DU FUTUR » (21 FEVRIER).
Le collège de Barreiro possède puis quelques temps une salle, mystérieusement intitulée sur la porte « Salle du futur ». Il y a de quoi être surpris à l’instant où la porte s’ouvre et clignotent des dizaines de diodes multicolores, à la vue de l’impressionnant arsenal technologique à la portée des élèves et de cet ensemble inconnu à Varennes.
Conçue en différents pôles d’exploration et de travail pour les élèves, cette salle met à la disposition de l’enseignant une imprimante 3D, des tablettes tactiles, un TBI, des chaises sur roulettes avec tablette de travail intégrée, une table numérique tactile et deux ordinateurs reliés au wifi sécurisé du collège.
Notre charmante hôte Anna nous fait la démonstration de tous les instruments, évoquant avec sourire et expérience l’intérêt que peut susciter une telle organisation du travail pour les élèves, entièrement impliqués dans un projet personnel ou collectif, au coeur de leur apprentissage.

Au coeur de leur apprentissage, les représentants de chaque pays du projet ERASMUS ont aussi tenté, avec succès, de se familiariser avec le logiciel Kahoot. Un jeu fut d’abord organisé, remporté avec brio par l’équipe française (rebaptisée pour l’occasion « France First »), talonnée par le Royaume-Uni et l’Italie comme une reconstitution historique pleine de joie et de sourires ! Puis, nous fûmes conviés à élaborer par nous-même, en équipe, un questionnaire sur ce logiciel (kahoot.it).
Plus touristique, une partie de l’après-midi fut consacrée à la découverte de la région de Setubal, offrant à ses habitants (et aux touristes estivaux) de nombreuses plages ou sentiers de promenade. La journée se termina avec la visite d’une cave de vin portugais et, pour les plus amateurs, une dégustation de trois crus choisis.
Une plage de Setubal

4. PALAIS DANS LES CIEUX ET DERNIERS ECHANGES (22 FEVRIER).
Le palais de Pena, à Sintra (environ 40 minutes au nord de Lisbonne), est l’une des merveilles du Portugal. Château enchanté, improbable imbroglio d’architectures colorées, il est l’un des premiers représentants du romantisme en Europe, porté jusqu’aux cieux sur une colline qu’il nous aurait été difficile d’affronter à pieds, sans notre précieux chauffeur de bus. La visite, en anglais, est une nouvelle façon d’aborder un autre visage du Portugal, celui de sa noblesse passée, désintéressée du pouvoir et voulant vivre recluse dans le luxe d’un château qu’on dirait en carton-pâte, à l’image des constructions fantaisistes des parcs d’attraction.
Les explorateurs pionniers des nouveaux horizons débarquant à Lisbonne ont bien changés. Les avions, caravelles volantes des temps contemporains déversent leurs flots de voyageurs venus d’Occident ; les fortunes, les ors et les richesses ne sentent plus les épices et l’oreille du lisboète n’entend plus que le cliquetis des appareils photo immortalisant des millions de 
clichés qui s’égareront ensuite les méandres de l’internet. Le tourisme de masse est un phénomène sociologique de notre temps et se manifeste toujours dans les lieux qui, jadis, n’étaient réservés qu’à une minorité, une élite disparue, objet nouveau d’admiration, de curiosité ou d’amusement. Et de selfies, naturellement !


Thèmes évoqués lors de la dernière réunion entre coordinateurs du projet :


- Présentation du livret ERASMUS UK lors d’un précédent échange (à titre d’exemple)
- exemples de certifications d’obtention de diplôme autour du thème « développement personnel »
- démonstration du « Mobility tool » et son utilisation
- discussion autour de sessions Skype entre élèves des différents pays concernés
- discussion autour du calendrier (flexible) pour les différents projets et activités


Le soir venu, dans un dernier restaurant du centre de Lisbonne, il est temps de mettre un point final à cette expérience superbe, d’envisager les projets d’avenir – avec des élèves, cette fois – et de préparer les futures visites. L’éloignement respectif ne se fait pas sans émotion, particulièrement lorsqu’il s’agit de remercier Anna, notre hôtesse admirable, souriante et dévouée. Certains se rêvent alors à un dernier verre, au coeur de la capitale. La nuit est tombée depuis plusieurs heures mais la musique résonne encore, imperturbable, mêlée des cris déchirants des chanteuses de fado et des guitares endiablés des joueurs de rue pour qui nous n’étions que des oiseaux de passage.

JULIEN MORVAN

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